Venezuela : la réconciliation annoncée, des ombres au carreau
Caracas, le 3 février 2026. Alors que le gouvernement de Delcy Rodríguez promet une réconciliation nationale après l'éviction de Nicolás Maduro par l'armée américaine en janvier, une réalité bien plus sombre se dessine dans les prisons vénézuéliennes. Des familles désespérées et l'ONG Surgentes dénoncent l'exclusion systématique de centaines de détenus politiques de la récente loi d'amnistie, masquant ainsi une stratégie de répression déguisée.

Le spectre du « tancol » : une catégorie fabriquée
Depuis le milieu de 2021, le régime vénézuélien a mis en place une terminologie troublante : le « tancol », acronyme désignant « terroristes armés narcotraficants colombiens ». Ce terme, vague et mal défini, a servi de prétexte à l'arrestation massive de personnes, principalement dans les régions frontalières avec la Colombie. Antonio González Plessmann, de Surgentes, souligne que ces individus sont souvent des paysans arrêtés près de leurs foyers, puis accusés de terrorisme – un délit d'une ampleur politique indéniable.
Les témoignages sont glaçants. Doris Pineda, grand-mère d'Erwin Álvarez, un adolescent de 15 ans arrêté alors qu'il travaillait dans une ferme, raconte l'horreur des tortures subies par son petit-fils : « Ils lui ont mis la tête dans un sac, l'ont étouffé, l'ont attaché et l'ont jeté dans une rivière. Il ne voulait pas se déclarer coupable. » La loi d'amnistie, censée couvrir les événements de violence politique entre 1999 et 2025, exclut délibérément les délits de narcotrafic, d'homicide, les violations des droits humains et les actions armées avec soutien étranger, laissant ainsi les « tancol » abandonnés à leur sort.
La situation est d'autant plus préoccupante que le Foro Penal comptabilise plus de 490 prisonniers politiques au Venezuela en mars 2026, dont au moins 400 sont exclus de l'amnistie. Surgentes a documenté 45 cas, dont la majorité de personnes de double nationalité colombienne-vénézuélienne, mais l'organisation craint que le nombre réel de victimes soit bien supérieur à 200. Les familles se heurtent à un mur institutionnel : les tribunaux renvoient au Parlement, le Parlement aux tribunaux, créant un cercle vicieux d'impunité.
L'apparente bonne volonté affichée par l'Assemblée Nationale se heurte à une absence de réponse concrète. La promesse d'une réconciliation semble donc se réduire à une façade, dissimulant une réalité persistante de violations des droits humains et une justice sélective au service du pouvoir en place. La question qui se pose avec acuité est de savoir jusqu'où le gouvernement de Rodríguez est prêt à aller pour maintenir ce système, au prix de la dignité et de la liberté de ses citoyens.