Venezuela : les familles dénoncent l'exclusion des « tancol » de l'amnistie
Caracas est le théâtre d'une nouvelle crise politique. Des familles de détenus et des activistes de l'organisation Surgentes ont manifesté ce mardi devant l'Assemblée Nationale, dénonçant l'exclusion de leurs proches, accusés de liens avec des groupes armés colombiens – les tristement nommés « tancol » –, de la loi d'amnistie récente.

Une loi d'amnistie entachée
Promulguée le 19 février dernier, cette loi, initiée par la présidente par intérim Delcy Rodríguez après la prise de pouvoir suite à la capture de Nicolás Maduro par les forces armées américaines en janvier, visait à apaiser les tensions politiques. Pourtant, son champ d'application se révèle bien étroit. Les organisations de défense des droits de l'homme avaient immédiatement pointé du doigt cette exclusion, laissant des centaines de personnes dans l'impasse.
Le terme « tancol », inventé à partir de 2021, a servi de prétexte à des arrestations massives, en particulier dans les régions frontalières avec la Colombie. Selon Antonio González Plessmann, membre de Surgentes, il s'agit principalement de paysans arrêtés près de leurs domiciles, puis accusés de terrorisme, un délit qu'il qualifie d'« éminemment politique ». Les témoignages sont glaçants : tortures, preuves fabriquées, un système visant à criminaliser des populations vulnérables.
Surgentes a documenté 45 cas, la plupart impliquant des personnes possédant la double nationalité colombienne et vénézuélienne. L'organisation craint que le nombre réel de victimes dépasse les 200, et reçoit sans cesse de nouvelles plaintes. Les tentatives de dialogue avec la commission parlementaire de suivi de la loi se sont heurtées à un mur institutionnel : les tribunaux renvoient vers l'Assemblée Nationale, et inversement, créant un cercle vicieux d'impunité.
L'histoire de Doris Pineda, grand-mère d'Erwin Álvarez, arrêté à l'âge de 15 ans, est particulièrement poignante. Aujourd'hui âgé de 19 ans, Erwin a été torturé pour qu'il avoue des faits qu'il n'a jamais commis : « Ils lui ont mis la tête dans un sac, il l'ont étouffé, l'ont attaché et jeté dans une rivière », témoigne Doris Pineda, les larmes aux yeux. Son petit-fils a refusé de se déclarer coupable, malgré les horreurs subies.
La loi d'amnistie, censée couvrir 13 événements de violence politique entre 1999 et 2025, exclut explicitement les crimes de narcotrafic, les homicides, les violations des droits de l'homme et les actions armées soutenues par l'étranger. Cette exclusion, combinée à la classification des « tancol » comme terroristes, condamne ces personnes à une détention prolongée, révélant les limites de la réconciliation prônée par le gouvernement Rodríguez.
Selon Foro Penal, plus de 490 personnes seraient détenues pour des motifs politiques au Venezuela en janvier 2026, dont au moins 400 restent exclues de l'amnistie. La mobilisation de Surgentes met en lumière une fracture profonde au sein de la société vénézuélienne, où la justice semble sélective et où les plus vulnérables sont les premiers à payer le prix de l'instabilité politique.