Anzac day : une menace palpable au cœur d’une australie fragilisée

La dernière journée de la récolte automnale, ou le premier jour d’un hiver glacial, les vents hurlant et la pluie fine incessante – Anzac Day à Penshurst, Victoria, n’a jamais été synonyme de joie. Aujourd’hui, cette lourdeur revient, plus sombre que jamais.

Un écho des horreurs passées

Autour du hall de l’association des anciens combattants, un petit groupe de vétérans se rassemble, les enfants riant en évoquant les sous-vêtements troués du bugler en kilt. Mais au-delà de ces souvenirs, une angoisse nouvelle se profile, celle d’un conflit imminant.

Deux décennies après la Seconde Guerre mondiale, les souvenirs des Européens, du Nord-Afrique, de la Papouasie-Nouvelle-Guinée, des camps de prisonniers japonais étaient encore vivaces. La menace, il y a seulement quelques années, était celle d’une guerre en Viêt Nam, déclenchée par un tirage au sort qui inspira la peur et l’anxiété, même dans les campagnes victoriennes, où Malcolm Fraser, alors ministre de l’armée, hésitait à s’engager dans un conflit régional.

Un monde transformé

Un monde transformé

Le hall de l’association des anciens combattants, désormais classé monument historique, voit ses canons et son mât de drapeau déplacés du jardin botanique. Mais cette Anzac Day, pour la première fois de ma vie, vibre d’une menace tangible. La guerre est de retour, brutale et imprévisible, tuant des milliers, blessant des dizaines de milliers, détruisant des villes, des maisons, des hôpitaux, des écoles. Un coût exorbitant, une économie ruinée.

Le fait que cette guerre, menée par la force militaire la plus puissante du monde, soit dirigée par un homme aussi loin du soldat-guerrier intellectuel que l’on puisse concevoir, écarte toute complacency. Même en Australie. La stratégie nationale de 2026 anticipe ces nouveaux défis, allouant des milliards à de nouveaux équipements et à l’expansion de l’industrie de la défense, mais les orientations stratégiques restent fondamentalement inchangées. “De nouveaux défis stratégiques ont émergé, menaçant davantage la sécurité de l’Australie et compliquant la poursuite de ses intérêts. Nous avons entré une ère plus dangereuse et plus imprévisible… Les États-Unis sont notre allié le plus proche et notre principal partenaire stratégique. Cette alliance contribue à la paix et à la stabilité de la région.”

Il est impératif de questionner la véritable préparation de l’Australie. Le Premier ministre effectue des tournées régionales pour s’assurer que l’énergie qui alimente le pays continue d’arriver des raffineries du Vietnam, de Bornéo, de Malaisie et de Corée du Sud. Cela révèle la fragilité de la région et le rôle crucial de l’Australie au sein de celle-ci. Pour de nombreux partenaires régionaux et Australiens, l’alliance ne semble plus ce qu’elle était.

Un rappel des leçons du passé

Un rappel des leçons du passé

La crise énergétique déclenchée par la guerre entre les États-Unis et Israël en Iran menace de ravager la région et ses 3,5 milliards d’habitants, la région commerciale la plus dynamique de la planète. Les dirigeants politiques australiens ont prouvé leur capacité à réagir rapidement et habilement aux changements externes, comme pendant la Seconde Guerre mondiale, la crise financière mondiale ou la pandémie. L’essai ‘Blind Spot’ de Michael Wesley décrit avec précision la façon dont le Premier ministre John Curtin a erré dans les jardins du Lodge à la nuit tombée en 1942, alors que la menace militaire japonaise grandissait, et après des “débats de plus en plus acrimoureux avec le leader de l’allié principal de l’Australie – un homme vaniteux, capricieux et mélancolique, convaincu d’être un maître stratège”. La chute de Singapour a changé tout pour l’Australie – la menace était réelle. Curtin informa Winston Churchill que les soldats australiens devaient combattre près de chez eux, et non défendre les colonies lointaines de la Grande-Bretagne. L’Australie se tourna alors vers les États-Unis, qui basèrent leurs opérations pacifiques au Pacifique à Brisbane.

Des mots creux ne suffiront pas. Dans l’ère Trump, les premiers ministres australiens doivent parler avec clarté et sans hésitation. L'essayiste souligne que les gouvernements australiens ont trop longtemps adopté une visionaméricaine de la menace chinoise, manquant ainsi d'opportunités économiques et autres pour une participation active et indépendante en Asie du Sud-Est. Les exercices militaires conjoints entre l’Australie et ses partenaires régionaux visent à contredire cette vision. Mais, à l’écho des bugles d’Anzac, il est essentiel de se demander si nous sommes réellement préparés. Plus de 100 000 personnes se sont pressées au MCG pour le match Essendon- Collingwood, un match sold out. Il est important de se souvenir que si tous les membres de l’armée australienne avaient obtenu des billets, le stade n’aurait été que moitié plein. Ajoutés les réservistes, le MCG n’aurait pas été rempli. Il est temps de réfléchir plus profondément à la défense, aux alliances et à la géopolitique, afin de retenir les leçons sanglantes d'Anzac du passé.

Julianne Schultz, autrice de ‘The Idea of Australia’