Buenos aires, 1975 : l'ombre du coup d'état plane sur calabró
Buenos Aires, novembre 1975. Une photographie en noir et blanc capture un moment de complaisance, une image presque banale : Victorio Calabró, alors gouverneur de la province, à la quinta d'Olivos aux côtés d'Isabel Perón et de Roberto Ares. Derrière cette façade de normalité se cachait une crise politique profonde, les prémices d'une rupture qui allait bouleverser l'Argentine.
Un pouvoir contesté, des alliances fragiles
Victorio Calabró, figure du mouvement syndical, gravit les échelons politiques avec une ascension fulgurante. Son passage au gouvernorat en 1974, suite à la crise déclenchée par l'attaque de la garnison d'Azul par l'ERP, n'a pas apaisé les tensions. Il s'était positionné comme un homme pragmatique, capable de naviguer dans les eaux troubles de la politique peroniste, mais aussi d'entretenir des liens avec des cercles militaires mécontents du gouvernement d'Isabel Perón. Les accusations de liens avec la Concentración Nacional Universitaria et l'implication dans des actions violentes contre des figures peronistes fidèles au pouvoir n'ont fait qu'alimenter le conflit.
Son rapprochement avec le ministre de l'Intérieur, Roberto Ares, en pleine montée des pressions pour une intervention fédérale, laissait présager une stratégie de survie. Ares, chargé de trouver une issue à la crise, tenta de négocier avec Calabró, mais sans succès. L'opposition au sein même du justicialisme, notamment des secteurs verticalistes, grandissait, alimentée par le désir de contrôler la puissante province de Buenos Aires.
La chute d'un gouverneur, l'échec d'une intervention
La tentative d'intervention fédérale, soutenue par Isabel Perón et les forces verticalistes, ne se concrétisa pas. Le Congrès ne disposait pas de la majorité nécessaire pour légitimer un tel acte, et les risques d'une crise institutionnelle étaient trop élevés. Calabró, conscient de la fragilité de sa position, s'appuya sur le soutien de certains secteurs militaires, dont le général Eduardo Viola, pour résister à la pression. Cette stratégie, bien qu'elle lui ait permis de rester au pouvoir pendant plusieurs mois, ne fit que prolonger la crise.
Le 24 mars 1976, Calabró céda finalement le gouvernorat aux forces armées, se retirant à sa résidence de Belgrano. Cette décision, loin d'être une capitulation, fut une manœuvre calculée pour préserver sa survie. Les opposants politiques de Calabró, eux, payèrent souvent le prix fort de cette confrontation politique, avec des années de prison et d'emprisonnement. La province de Buenos Aires, cœur battant du peronisme, fut plongée dans un silence qui ne dura pas longtemps.
Le coup d'État de 1976 allait redéfinir les contours de la politique argentine. L’image de cette rencontre à Olivos, symbole d'un pouvoir en déclin, témoigne d'un moment charnière, où les alliances se brisent et les stratégies échouent. Calabró, lui, fut une victime résignée d'une Histoire qui allait emporter avec elle une partie de l'âme de l'Argentine.
