iran : un nouveau proche-orient en feu ?
Contexte et tensions actuelles
L'administration de Trump a exacerbé les tensions avec l'Iran, initiant une crise majeure. Le retrait unilatéral américain de l'accord nucléaire iranien, le JCPOA, en mai 2019, et l'instauration d'un régime de sanctions sévères ont placé l'Europe dans une position délicate. Cette décision, non justifiée par le respect des obligations iraniennes du traité, a fragilisé les efforts de non-prolifération et mis à rude épreuve les intérêts commerciaux et diplomatiques européens.
La politique de « pressions maximales » de Washington, combinée à des déclarations agressives et des actions coercitives, a conduit à une situation critique. La désignation des Pâsdârân (Gardiens de la révolution islamique) comme organisation terroriste, sans précédent, et la fin des exemptions pétrolières pour la Chine et l'Inde, visent à réduire les exportations iraniennes à zéro, impactant significativement l'économie du pays.
Les provocations américaines et les réponses iraniennes
L'administration Trump a multiplié les mesures restrictives, révoquant des exemptions concernant le stockage de l'eau lourde à Oman et l'exportation d'uranium faiblement enrichi vers la Russie, cherchant à forcer l'Iran à renégocier ou à violer l'accord de 2015. Le déploiement d'un groupe de combat aéronaval, incluant le porte-avions Abraham Lincoln et des bombardiers B-52, bien que routinier, a été accéléré par John Bolton, conseiller à la sécurité nationale, en invoquant des « nouvelles menaces iraniennes ».
Face à ces pressions, l'Iran a réagi en suspendant certaines limitations de ses réserves d'eau lourde et d'uranium, une adaptation de l'accord plutôt qu'un retrait total. Le Président Rouhani a souligné la pression interne des conservateurs, incitant à un départ du JCPOA et même du Traité de non-prolifération, tout en appelant les Européens à honorer leurs engagements.
Instex et les engagements européens
Le mécanisme de substitution Instex, mis en place par la France, l'Allemagne et le Royaume-Uni, vise à contourner les sanctions américaines, mais se limite pour l'instant aux produits humanitaires et n'est pas encore pleinement opérationnel. L'Iran a donné soixante jours aux pays restant parties de l'accord (Européens, Chine et Russie) pour activer leurs engagements dans les secteurs pétrolier et bancaire, faute de quoi il renoncera à appliquer l'accord.
Incidents régionaux et responsabilités
Des attaques contre des pétroliers à Fujairah et un terminal Aramco dans la Mer Rouge ont exacerbé les tensions. Les États-Unis accusent l'Iran de ces actes, alimentant une escalade déjà préexistante. Derrière cette campagne de pressions maximales, les Américains cherchent à rassurer les Israéliens et les Saoudiens en affirmant le contrôle de la puissance iranienne et en limitant sa capacité de nuisance.
Objectifs américains : renégociation, changement de régime ou contention régionale ?
Plusieurs objectifs semblent guider la politique américaine : forcer l'Iran à renégocier l'accord de 2015, un accord que Trump déteste, déstabiliser le régime iranien pour provoquer un changement de gouvernement, ou contenir la puissance régionale iranienne, notamment via le soutien à des groupes paramilitaires comme le Hezbollah et le Hamas. Brian Hook, représentant spécial du Département d'État pour l'Iran, estime que l'Iran ne changera de comportement qu'à travers la menace militaire, la pression économique et l'isolement diplomatique.
Risques de conflagration et le rôle de bolton
L'absence de canaux de communication directs entre les États-Unis et l'Iran augmente les risques d'erreurs et de malentendus. L'influence de John Bolton, néo-conservateur fervent, et la psychorigidité du Président Trump, favorisent des jugements hâtifs et des décisions irréfléchies. L'escalade actuelle radicalise les positions et réduit les options de sortie. Bombarder l'Iran, selon Bolton, ne ferait qu'accélérer l'acquisition d'une arme nucléaire par l'Iran, créant ainsi un cercle vicieux.
- JCPOA : Accord nucléaire iranien.
- Pâsdârân : Gardiens de la révolution islamique.
- Instex : Instrument visant à contourner les sanctions américaines.
