L'ascension de Xi Jinping

Une modification constitutionnelle clé

En mars 2018, l’Assemblée Nationale Populaire Chinoise a approuvé une modification constitutionnelle éliminant les limites de mandats pour le Président et imposant un âge de retraite pour les responsables politiques. Cette décision a permis à Xi Jinping, Secrétaire Général du PCC depuis 2012, de potentiellement diriger la Chine au-delà de 2023. Cette évolution a été perçue par certains comme un recul démocratique, mais il est important d'analyser les raisons objectives derrière cette décision.

Le rôle des "sept immortels" et le soutien du comité central

Il est crucial de comprendre que Xi Jinping n'a pas agi seul. La décision de supprimer les limites de mandat a été soutenue par une majorité des membres du Comité Permanent du Bureau Politique, surnommé les "Sept Immortels". La situation nécessitait une forte autorité centrale, une conviction partagée au sein du Comité Central, pour justifier cette personnalisation du pouvoir.

La génération des "gardes rouges" et leur nostalgie

Une première raison de cette évolution réside dans la composition du Comité Central du PCC. Une grande partie de ses membres appartiennent à la génération des "Gardes Rouges", les jeunes de la Révolution Culturelle. Ces individus, ayant connu des expériences marquantes dans les campagnes, expriment souvent une nostalgie pour cette époque de simplicité et de solidarité, en contraste avec le matérialisme des générations plus récentes. Ils se considèrent comme les gardiens de l'idéal chinois.

L'élimination des concurrents et la consolidation du pouvoir

Depuis 2012, une série d'événements, notamment la lutte anti-corruption, ont permis d'éliminer les hiérarques quinquagénaires susceptibles de rivaliser avec Xi Jinping. Dans un système où la corruption est endémique, il est facile de discréditer les prétendants au pouvoir. Cette purge a permis à la génération des "Gardes Rouges" de consolider son emprise sur le pouvoir et de se méfier des jeunes réformistes formés à l'étranger.

Les défis économiques et sociaux de la chine

La deuxième raison majeure est liée aux défis internes et externes auxquels la Chine est confrontée. L'économie, bien qu'en croissance à 6,5% par an, reste dépendante des exportations, des infrastructures et de l'immobilier. Les inégalités de richesse, mesurées par un coefficient de Gini parmi les plus élevés au monde, sont une source de tensions sociales. Le respect du "mandat du Ciel", garantir les besoins fondamentaux du peuple, est une préoccupation majeure pour le PCC.

La nouvelle route de la soie et les ambitions mondiales

Le projet "One Belt, One Road" (OBOR), ou Nouvelle Route de la Soie, est un élément clé du "rêve chinois" de Xi Jinping. Il vise à rééquilibrer le développement chinois, à utiliser les capacités industrielles excédentaires et à renforcer l'influence de la Chine sur la scène internationale. Cependant, ce projet soulève des questions de scepticisme et de méfiance, tant au niveau national qu'international.

Une époque incertaine pour la chine ?

Le "sacre" de Xi Jinping, avec ses pouvoirs accrus, ne garantit pas le succès. Il devra maintenir la puissance du PCC, redistribuer la richesse de manière plus équitable et mener à bien le projet OBOR. L'avenir de la Chine reste incertain, et cette consolidation du pouvoir pourrait annoncer des temps difficiles. L'ascension de Xi Jinping pourrait marquer une nouvelle ère, mais aussi des défis considérables pour le pays.