Musique sombre et patchwork émotionnel : un spectacle troublant à southwark playhouse
Un drame musical, ambitieux et déroutant, plonge le spectateur dans les décombres d’une relation toxique, tissant une narration fragmentée qui défie la logique linéaire.
Une histoire brisée, une écriture audacieuse
L’œuvre de Theo Jamieson et Adam Lenson, « Dark », se révèle être une expérience narrative protéiforme. Loin d’une progression chronologique, l’histoire, centrée sur le mystère de la disparition d’un jeune astronaute, s’articule autour d’une relation amoureuse destructrice, restituée sous forme de fragments, rappelant « The Last Five Years ». Stuart Thompson, dans le rôle de Daniel, livre une performance captivante, tandis que Poppy Gilbert incarne Emily avec une vulnérabilité troublante.
L’atmosphère est palpable, saturée de traumatismes infantiles et de cruauté. Daniel, victime de harcèlement durant son enfance, semble inconsciemment attiré par la violence émotionnelle dont est l’objet Emily. Cette dernière, rongée par le remords et la trahison, hérite d’un héritage familial toxique, notamment grâce au comportement de son père, un réalisateur de films porno, qui l’implique dans un réseau d’infidélité et de mensonges.

Un spectacle à la fois grandiose et angoissant
La mise en scène de Lenson est saisissante, les scènes entre Emily et Daniel dépeignant une intensité viscérale. La musique, à la fois néo-opératique et inspirée de Sondheim, oscille entre des moments d'ampleur symphonique et des éclats émotionnels percutants. Les projections spatiales, les textures sonores et la richesse du livret de Jamieson créent un univers étrange et fascinant. Cependant, la complexité narrative est parfois source de confusion. L'intrigue, bien que riche en détails psychologiques, peine à se structurer de manière cohérente, et la métaphore de l'astronaute perdu dans l'espace semble, à force, s'étirer au-delà de ses limites. Les trois narrateurs, bien que présents, s'égarent trop souvent dans des digressions qui alourdissent le propos.
Des silences pesants, des omissions troublantes. L'opéra ne traite pas, par exemple, de l'impact de la projection X-rated vécue par Emily, ni de la réaction de Daniel à cette scène de son enfance. Ces lacunes, bien que peut-être intentionnelles, laissent le spectateur avec un sentiment d'incomplétude. Malgré ces défauts, « Flyby » propose une exploration fascinante des dynamiques relationnelles dysfonctionnelles, avec des moments de pure intensité émotionnelle et une musicalité remarquable.
Ce spectacle, qui se joue à Southwark Playhouse Borough jusqu’au 16 mai, mérite l’attention. Il possède l’étoffe d’un prochain « Next to Normal » ou « Dear Evan Hansen », capable de réinventer la forme du musical, et de nous confronter à la fragilité de l’âme humaine avec une force et une audace rares.
