Robyn se réinvente : dopamine, un nouvel élan émotionnel

Après un interlude plus introspectif avec Honey en 2018, la star suédoise revient avec Sexistential, son neuvième album. Loin des sonorités sensuelles de son précédent opus, Robyn explore ici une nouvelle facette de sa créativité, marquée par une réflexion sur l'amour et la chimie.

Sexistential : une rupture avec les codes

L'artiste, autoproclamée « Fembot », est connue pour avoir toujours défié les conventions. Ses morceaux pop, souvent centrés sur la désir et le désespoir, sont fréquemment traversés de commentaires sur la programmation sociale. Son dernier single, Dopamine, marque un tournant. La chanson, aux synthés scintillants, illustre cette nouvelle philosophie : l'amour, c'est aussi de la chimie. Robyn, 46 ans, semble vouloir explorer cette dualité : les sentiments peuvent être à la fois chimiques et incroyablement puissants.

L'album Sexistentialabandonne les ambigüités romantiques qui ont rythmé ses précédents succès. Les sonorités électro tranchantes de Body Talk (2010) reviennent, mais avec une approche renouvelée. Avec la collaboration de Klas Åhlund et de figures comme Joe Mount de Metronomy et Max Martin, l'album réimagine l'œuvre de Robyn à travers un prisme nouveau.

Le titre éponyme, Dopamine, est une étude de cas en trois minutes. Au rythme d'un house des années 80 minimaliste et lancinant, Robyn rap sur ses rencontres pendant une thérapie de procréation médicalement assistée en tant que mère célibataire. Elle brise les tabous : « Fuck a single mom, I’m not judgmental », affirme-t-elle, séparant l'acte de la reproduction et la notion de famille nucléaire.

Really Real, ouvrant l'album, dépeint les détails cruels d'une rupture. Sous la couette, la chanteuse réalise que la relation est terminée, mais au lieu d'une catharsis, une conversation téléphonique de sa mère interrompt l'effondrement émotionnel. Sucker for Love, quant à elle, revisite un classique de 2002 en le rendant plus psychédélique et percutant. Robyn lance un défi à son ex : « If you’re scared, say you’re scared ».

Talk to Me, avec ses vocoders rétro et son piano de style Ministry of Sound, explore une vulnérabilité inédite, une quête de validation. La conclusion, Into the Sun, est une ballade électro puissante, mais son iconographie religieuse ambiguë laisse le spectateur incertain. Cependant, c'est Dopamine qui constitue le moment clé de l'album.

Elle ne se contente pas de se laisser submerger par ses émotions, elle les appréhende. « When I let go, it’s so easy », murmure-t-elle avant de déployer une note aiguë. La joie, parfois, n’est qu’une sensation simple, comme une douche froide : elle clarifie, elle éveille.

Sexistential ne se contente pas de revisiter les thèmes chers à Robyn, elle les transcende. Elle propose une introspection honnête et sans concession sur la complexité des sentiments, un regard neuf sur l’amour et la douleur. À l'écoute de cet album, on se demande si la pop peut encore être aussi profonde.