Australie : la confiance envers les superpuissances s'effondre, multiculturalisme en berne
Un vent d'incertitude souffle sur l'australie. Les derniers sondages du Lowy Institute révèlent une érosion alarmante du soutien au multiculturalisme, couplée à une méfiance grandissante envers les États-Unis et la Chine, signalant un malaise profond au sein de la société australienne.
La confiance américaine au plus bas
L'enquête annuelle du Lowy Institute, une référence pour comprendre l'opinion des Australiens sur le monde, livre un constat saisissant : seulement 31% des personnes interrogées font confiance aux États-Unis pour agir de manière responsable sur la scène internationale. Un chiffre qui plonge encore plus bas si l'on considère la considération accordée à la figure présidentielle : un seul Australien sur cinq exprime une confiance en Donald Trump pour prendre les bonnes décisions. Ce déclin fulgurant contraste avec 2022, où l'écart en faveur des États-Unis était de plus de 50%.
Ce mécontentement envers Washington est en partie attribuable à l'image controversée de Donald Trump, dont le niveau de confiance est identique à celui accordé à Xi Jinping, le dirigeant chinois. Une égalité inédite, comme l'a souligné Charles Lyons-Jones, chercheur au Lowy Institute, marquant un tournant majeur dans les perceptions australiennes des superpuissances.

Pessimisme économique et anxiété globale
Le contexte international, marqué par des conflits en Ukraine et au Moyen-Orient, exacerbe les craintes. Près de la moitié (53%) des Australiens se sentent « insécurs », voire « très insécurs » face à l'état du monde, un niveau d'inquiétude qui bat son propre record. Mais l'inquiétude ne se limite pas à la géopolitique. Les perspectives économiques sont également sombres : 59% des Australiens se montrent pessimistes quant à la performance économique de l'australie dans les cinq prochaines années. Une décennie marquée par une inflation persistante et une incertitude quant à la croissance.
L'essor de l'IA alimente les craintes. Près de deux tiers des Australiens estiment que les risques liés à l'intelligence artificielle dépassent ses avantages potentiels. Cette anxiété généralisée se répercute sur les perceptions sociétales, comme le démontre le recul significatif du soutien au multiculturalisme.

Un rejet du multiculturalisme ?
Les propos récents de Pauline Hanson, figure politique controversée, appelant à une australie « monoculturelle », semblent avoir résonné auprès d'une partie de la population. Le sondage révèle une baisse de 17 points de pourcentage du nombre de personnes estimant que la diversité culturelle est bénéfique pour le pays, passant de 90% en 2022 à 73% aujourd'hui. Si la majorité des Australiens (73%) continue de considérer le multiculturalisme comme une force, ce changement brutal témoigne d'une tension palpable au sein de la société.
L'opinion publique australienne, bien que refroidie envers Washington, maintient son attachement à l'alliance avec les États-Unis (73%), reconnaissant son importance stratégique dans un environnement international de plus en plus instable. L'accord AUKUS, portant sur l'acquisition de sous-marins nucléaires américains, bénéficie également d'un soutien majoritaire (68%). Le Premier ministre Anthony Albanese a d'ailleurs récemment souligné que les États-Unis « jouent un rôle différent » aujourd'hui, une nuance qui reflète une adaptation pragmatique de l'Australie face à un allié américain moins prévisible.
La cristallisation de ces tendances laisse entrevoir une Australie tiraillée entre la nécessité d'alliances stratégiques et une inquiétude profonde face à l'avenir économique et social. La confiance, autrefois solide, s'étiole, et l'incertitude règne.
