Gaza : une cinéaste australienne défie l'interdiction, face à l'escalade régionale
Juliet Lamont, cinéaste australienne et figure de proue de la flottille Solidarité Gaza, se prépare à affronter à nouveau les eaux de la Méditerranée, six mois après une détention brutale en Israël. Son retour, programmé au milieu d'avril, intervient dans un contexte géopolitique explosif, où la menace d'une confrontation régionale accrue plane sur la zone.
Le spectre d'une nouvelle détention
Lamont, 55 ans, porte sur ses épaules le poids de souvenirs douloureux. En octobre dernier, elle a passé six jours en prison israélienne après l'interception du navire sur lequel elle voyageait. Elle accuse les forces israéliennes de l'avoir agressée sexuellement, privée de ses médicaments et soumise à des violences physiques et humiliations. Alors qu'une centaine de bateaux se préparent à défier le blocus naval imposé à Gaza, Lamont se demande si elle sera à nouveau punie pour son audace.
Sa détermination, cependant, ne faiblit pas. “Je suis terrifiée, bien sûr, mais la souffrance du peuple palestinien est telle que je ne peux pas faire autrement que de retourner là-bas”, confie-t-elle depuis un port européen dont la localisation reste gardée secrète. Pour se prémunir contre un possible refus de soins, elle réduit progressivement sa prise de médicaments pour la tension artérielle, craignant un AVC lors de sa précédente détention.

Un risque accru face aux tensions régionales
L'équation est bien plus complexe cette fois-ci. L'escalade des tensions entre l'Iran, Israël et les États-Unis ajoute une couche de danger inédite à la mission de la flottille. “Bien entendu, la situation géopolitique actuelle augmente considérablement les risques”, souligne Lamont, conscient que les protestations contre la guerre ont toujours été confrontées à des conditions difficiles, mais que le conflit déclenché par Israël et les bombardements en Iran ont exacerbé les dangers.
Simon Jones, co-responsable de la délégation australienne, observe un impact profond sur les participants. “La conscience de l'aggravation de la situation à Gaza a galvanisé certains, mais a également semé le doute chez d'autres quant au risque encouru.” La dévastation de Gaza, où plus de 75 000 personnes ont été tuées depuis octobre 2023, pèse lourdement sur les esprits.

Un engagement humanitaire, malgré les obstacles
Malgré les dangers, la flottille reste déterminée à briser le blocus. Environ 2 000 membres, dont une quinzaine d'Australiens, se préparent à embarquer, avec pour objectif de livrer de la nourriture, des fournitures médicales et des volontaires – enseignants, ouvriers du bâtiment – tous formés à la non-violence. “Nous disposons d'un équipage exceptionnel, de capitaines expérimentés et d'une équipe humanitaire déterminée.”
L'organisation, qui se veut une “opération militaire sans armes”, est cependant tributaire de la volatilité géopolitique de la région. Alors que Donald Trump redéfinit les objectifs et les délais, et que l'Iran affirme sa résilience face aux bombardements du Liban, les organisateurs envisagent des ports d'escale alternatifs, tout en maintenant le cap pour l'instant. “Dans cette incertitude, la meilleure chose à faire est de persévérer”, conclut Jones.
Des préparatifs minutieux sont en cours : vérification des coques par des plongeurs à la recherche d'explosifs, fouille des navires pour détecter d'éventuels produits illicites, et formation intensive des participants à la sécurité. Un conseil récurrent : en cas d'interception, il vaut mieux jeter son téléphone portable à la mer plutôt que de le céder aux forces israéliennes.
