Hongrie : l'intervention américaine au service d'orbán, un pari risqué
Alors que les Hongrois se préparent à voter, une visite inattendue a secoué la campagne : celle de JD Vance, vice-président américain, venu soutenir Viktor Orbán. Un soutien affiché qui détonne, et soulève des questions sur l'ingérence américaine dans une élection démocratique, alors que le premier ministre hongrois est fragilisé.
Un soutien américain sans précédent
Avant même l'atterrissage de l'appareil transportant JD Vance et Usha Vance à Budapest, le gouvernement hongrois avait déjà proclamé l'arrivée d'une « nouvelle ère dorée » dans les relations entre Washington et Budapest. Ce qui a suivi fut une véritable frénésie politique. Le vice-président américain s'est directement engouffré dans la campagne électorale hongroise, quelques jours avant le scrutin. Vance a multiplié les apparitions, visitant le monastère des Carmes et participant à un meeting de campagne, où il a salué chaleureusement Viktor Orbán et dénoncé, en écho aux discours populistes du premier ministre, la menace « gauchiste » rampante dans les universités, les médias et l'industrie du divertissement. Une rupture flagrante avec les conventions diplomatiques qui ont longtemps encadré le rôle des politiciens étrangers dans les élections d'autres pays.
L'accusation de l'UE : l'élément déclencheur. La critique la plus acerbe de Vance a été réservée à l'Union européenne, un affront direct qui risque de tendre davantage les relations transatlantiques déjà fragiles. Vance a accusé Bruxelles d'ingérence, tout en martelant son intention d'« aider » Orbán à remporter les élections. L'ironie est à son comble : un responsable américain se rend en Hongrie pour soutenir un candidat, tout en dénonçant l'ingérence extérieure.

Trump sur l'antenne : un spectacle pour les masses
Le point culminant de cette visite improbable fut l'apparition de Donald Trump, directement sur l'antenne, lors d'un meeting de campagne. Alors que Vance tenait le téléphone, le tonnant ex-président s'est adressé à la foule en liesse : « J'aime la Hongrie et j'aime Viktor ! » Une démonstration de force, un soutien indéfectible, et une mise en scène typique du style Trump. Les drapeaux américain et hongrois flottaient au-dessus du stade de football bondé, créant une atmosphère surréaliste. Le président, habitué aux déclarations incendiaires, a affirmé que le premier ministre hongrois « a bien géré » le pays, un compliment appuyé qui ne laisse planer aucun doute sur l'alignement des deux hommes.
Parallèlement, le fils aîné de Trump effectuait une tournée de soutien au leader serbe Milorad Dodik en Bosnie, critiquant également l'Union européenne. Une stratégie globale, un axe clairement défini : affaiblir les institutions européennes et soutenir les dirigeants nationalistes.

Une stratégie risquée pour orbán
Cette intervention américaine, bien que bienvenue à Budapest, pourrait s'avérer contre-productive pour Orbán. Alors que les sondages indiquent une possibilité de perte de son pouvoir après 16 ans au sommet, l'intervention américaine risque de galvaniser l'opposition. L'électorat hongrois, confronté à une stagnation économique, une dégradation des services publics et une corruption endémique, est de plus en plus critique envers la politique d'Orbán. Péter Magyar, figure de proue de l’opposition, a saisi l’occasion pour souligner le manque de confiance accordé aux Hongrois, en affirmant que, selon Vance, un gouvernement Tisza serait un partenaire clé des États-Unis. Un revirement stratégique qui met en lumière la fragilité de la position d'Orbán.
Les analystes s'accordent à dire que le soutien de Trump, dont la popularité en Hongrie est incertaine, et la notoriété limitée de Vance, auront un impact limité sur le résultat final. Mais le risque est bien réel : l'accusation d'ingérence électorale lancée par Vance pourrait alimenter les contestations après le scrutin, offrant à l'opposition des arguments supplémentaires pour remettre en question la légitimité du résultat.
La visite de Vance a mis en lumière un alignement troublant entre Orbán et le mouvement MAGA, avec une critique virulente de Bruxelles, de l'immigration et de l'Ukraine, et une exaltation de ce que Vance décrit comme les « valeurs de la civilisation occidentale ». L'enjeu est clair : une nouvelle configuration géopolitique se dessine, où les alliances se nouent et se dénouent autour d'idéologies nationalistes et populistes. Le vote des Hongrois sera crucial pour déterminer si cette tendance se confirme.