Le royaume-uni accusé d'autoriser l'abus d'enfants : une inaction catastrophique?

Londres – La justice britannique a permis la poursuite d'une action en justice contre le gouvernement, accusé d'une approche « incohérente et arbitraire » dans la mise en œuvre des recommandations d'une enquête gouvernementale sur sept ans concernant les abus sexuels sur enfants. La fondation Maggie Oliver, fondée par une ancienne policière devenue dénonciatrice, affirme que l'inaction du gouvernement contribue à la continuation de la souffrance de milliers d'enfants.

Les recommandations d'une enquête ignorées

L'affaire a été soumise au High Court de Londres, où le juge Kimblin a donné suite à la demande de la fondation Maggie Oliver. Cette dernière reproche au gouvernement de ne pas avoir appliqué la totalité des 20 recommandations formulées par l'Independent Inquiry into Child Sexual Abuse (IICSA), une enquête indépendante menée entre 2015 et 2022. Selon la fondation, 17 de ces recommandations n'ont pas été mises en œuvre au 8 juillet 2025. Les trois principales concernent l'enregistrement de l'âge, de l'origine ethnique, de la religion et de l'occupation des auteurs d'abus, l'arrêt de l'utilisation de techniques de contention douloureuses sur les enfants en détention et l'amélioration de l'accès à la justice pour les enfants placés.

« Le gouvernement a en substance permis que les abus continuent », a déclaré Christopher Jacobs, avocat de la fondation, lors de l'audience. Il estime que les « obfuscations, dénégations et retards » successifs ont contribué à des milliers de cas d'abus sexuels et d'exploitation qui auraient pu être évités.

Le Home Office, ministère de l'Intérieur, défend sa position, arguant que le gouvernement n'est pas tenu d'appliquer les recommandations de l'IICSA. L'avocat du gouvernement, Jack Anderson, a reconnu avoir « accepté pleinement » quatre recommandations concernant son ministère, mais a justifié le manque de calendrier précis par la nécessité de consulter les parties prenantes et de mener des travaux de Politique.

L'IICSA, créée en 2015, avait conclu que les abus sur les enfants étaient « endémiques » et que leur incidence était probablement bien plus élevée que ce qui était réellement enregistré. La fondation Maggie Oliver, créée par une ancienne détective de Greater Manchester, a intenté cette action en justice malgré les faibles chances de succès, motivée par un désir profond de justice pour les enfants victimes. « Nous avons entrepris cette action en sachant que les chances de gagner étaient minces. Mais aujourd'hui, j'ai senti que le juge était humain », a déclaré Maggie Oliver après l'audience. Elle insiste sur le fait que cette action vise à défendre chaque enfant laissé à la merci d'un système défaillant.

Le gouvernement a bien insisté sur le fait qu’il s’agissait d’un processus complexe. Il a souligné la nécessité de « bien faire les choses » et que cela prend du temps. Toutefois, cette réponse ne satisfait pas la fondation Maggie Oliver, qui insiste sur l’urgence de la situation. La cifra parle d’elle-même : environ 500 000 enfants sont victimes d’abus sexuels chaque année au Royaume-Uni.

Cette affaire soulève des questions fondamentales sur la responsabilité du gouvernement face à la protection de la enfance. L’absence de progrès concrets depuis des années est une source de profonde inquiétude et de colère pour les associations de défense des droits de l’enfant.

La décision du juge Kimblin de permettre la poursuite de l'action en justice est un signal fort. Elle laisse entrevoir la possibilité d'une remise en question des pratiques gouvernementales et d'une accélération de la mise en œuvre des recommandations de l'IICSA. Mais au-delà de cette bataille juridique, la véritable victoire réside dans la protection effective des enfants.

Il est clair que l'inaction a des conséquences désastreuses. Combien d'enfants supplémentaires seront victimes avant que le gouvernement ne prenne réellement les mesures nécessaires ? La question reste suspendue, et l'espoir de voir un changement profond demeure fragile.