New york : mamdani recule-t-il face à la crise du sans-abrisme ?
Zohran Mamdani, le maire de New York, a semé l'émoi en décidant de faire appel d'une décision de justice l'obligeant à étendre le programme de bons de logement. Un revirement qui fragilise son image et pose la question de sa cohérence avec ses promesses de campagne, alors que la ville est confrontée à une crise du sans-abrisme persistante.
Un programme coûteux au cœur du débat
La décision de Mamdani intervient alors que la ville est en proie à un déficit budgétaire colossal de 5,4 milliards de dollars. Il justifie son appel en invoquant le coût exorbitant du programme CityFHEPS, destiné à aider les personnes hébergées dans des centres d'accueil ou menacées de devenir sans-abri à trouver un logement permanent. Ce programme, lancé en 2018, a permis de reloger plus de 123 000 personnes, mais ses coûts ont explosé, passant de 176 millions de dollars en 2019 à un projet de 1,2 milliard de dollars en 2025. Une augmentation qui a déjà suscité des tensions avec le conseil municipal, qui avait adopté des mesures pour faciliter l'accès aux bons de logement, avant de se voir opposer le veto du maire sortant, Eric Adams.
Le conseil municipal avait finalement réussi à passer outre ce veto, mais la décision de justice favorable à Adams avait maintenu le statu quo jusqu'à l'appel contesté par Mamdani. Sa promesse de campagne de faire cavalier seul sur cette question, rapidement oubliée, semble désormais peser lourd.

Une promesse rompue et une communauté déçue
Christine Quinn, présidente et directrice générale de Women In Need (WIN), la plus grande structure d'accueil de la ville, n'a pas manqué de souligner ce revirement : “Il s'agit d'un exemple classique d'une promesse faite et rompue, une véritable trahison envers la communauté des sans-abri new-yorkais, qui lui a accordé sa confiance”. Décision qui pourrait coûter cher au maire, déjà fragilisé par des critiques sur sa gestion des camps de sans-abri, dont il a temporairement suspendu les démantèlements avant de les réinstaurer avec une nouvelle approche.

Un débat budgétaire et des solutions à long terme
Les experts en logement soulignent l'efficacité des bons de logement pour sortir les familles de la pauvreté. Selon une étude de Harvard, moins de 1 % des familles qui quittent les centres d'accueil avec un subside (généralement un bon) y retournent dans l'année, contre 15 % sans subside. Cependant, le coût élevé de ces bons, en particulier dans une ville où les prix de l'immobilier sont parmi les plus élevés du pays, soulève des questions budgétaires. “Il faut agir, mais cela a des implications financières”, admet Vincent Reina, professeur d'urbanisme à l'Université de Pennsylvanie.
Si Mamdani insiste sur la nécessité de trouver des solutions durables et financièrement viables, l'opposition souligne que les bons de logement ne s'attaquent pas au problème de fond : la pénurie de logements abordables. Daniel Teles, économiste à l'Urban Institute, explique que “le programme CityFHEPS réduit le besoin”, mais ne résout pas la crise à long terme.
Malgré ce revirement sur les bons de logement, Mamdani continue de mettre l'accent sur la construction de logements abordables, notamment en sollicitant des fonds fédéraux auprès de Donald Trump, avec une initiative pour le moins audacieuse. Mais pour l'heure, l'appel de Mamdani face à la justice laisse un goût amer et soulève des questions quant à sa capacité à tenir ses promesses face à la réalité budgétaire de la ville. L’avenir dira si cette décision s’avérera une stratégie audacieuse ou un faux pas politique.
