Vaccins aux états-unis : la politique sanitaire s'ajuste aux sondages ?
Le Département de la Santé américain semble naviguer à vue dans un contexte Politique tendu, où la proximité des élections de mi-mandat influence visiblement les discours et les recommandations concernant les vaccins. Un revirement stratégique, plus subtil qu'affiché, s'opère, laissant entrevoir une volonté de désamorcer une opposition grandissante, notamment au sein d'une frange électorale clé.
Des recommandations remises en question
L'année écoulée a été marquée par des modifications inédites dans le calendrier vaccinal infantile américain, avec une réduction d'un tiers des recommandations, dont la suppression de l'immunisation contre l'hépatite B à la naissance. Ces changements, bien que contestés juridiquement, ne semblent pas avoir été activement défendus par les autorités sanitaires, illustrant un changement de cap subtil.
Les premières indications de cette évolution remontent aux conseils de sondeurs proches de Donald Trump, qui préconisaient de s'éloigner d'une posture ouvertement anti-vaccine avant les élections de mi-mandat. L'évocation, lors d'une conférence sur la santé des femmes, du mouvement “Make America Healthy Again” (Maha) par le commissaire de la FDA, Marty Makary, témoigne d'une stratégie de proximité avec cette base électorale.
Robert F. Kennedy Jr., secrétaire du Département de la Santé et figure controversée connue pour ses positions défavorables aux vaccins, a lui-même évité soigneusement de mentionner les immunisations lors d'une récente intervention au CPAC. Privilégiant les thèmes de la santé cellulaire et des additifs alimentaires, Kennedy a mis en avant des préoccupations environnementales et nutritionnelles, reflétant l'intérêt prioritaire du mouvement Maha.
La stratégie actuelle privilégie les “victoires rapides” et les mesures symboliques, plutôt que de s'attaquer aux causes profondes des problèmes de santé, selon Katelyn Jetelina, experte en épidémiologie. Cette approche, bien que populaire, soulève des interrogations quant à son efficacité à long terme.
L’influence du mouvement Maha s'étend même à des domaines inattendus, comme l'ordonnance récente de Trump concernant le glyphosate, herbicide largement utilisé et critiqué par ce mouvement. Ce qui démontre que les préoccupations environnementales et nutritionnelles priment sur les questions de vaccination au sein de cette frange de l'électorat.

Une communication modulée
Elizabeth Jacobs, professeure d'épidémiologie, souligne que “le message a manifestement été modifié pour minimiser les prises de position anti-vaccins”. Un changement de cap qui s'explique par la forte adhésion bipartisan au maintien des vaccins infantiles, comme le soulignent les sondages récents. Les électeurs, y compris au sein du mouvement Maha, semblent globalement favorables aux programmes d'immunisation.
Pourtant, les vestiges des anciennes convictions de Kennedy persistent. Il a rappelé, lors de son intervention au CPAC, son observation de “la détérioration de la santé de nos enfants” depuis 2005, faisant indirectement allusion à un lien entre les vaccins et l'augmentation des taux d'autisme, une théorie largement discréditée par la communauté scientifique. Un propos qui, bien que formulé avec subtilité, témoigne de son engagement historique sur ce sujet.
Les conséquences de ces changements de Politique sont déjà visibles : le programme vaccinal américain a été affaibli, avec la fin des recommandations complètes pour la grippe, le rotavirus, le virus respiratoire syncytial (RSV) et d'autres maladies. Jay Bhattacharya, à la tête du NIH, a lui aussi souligné la « crise des maladies chroniques », un terme fréquemment utilisé par Kennedy pour désigner des pathologies telles que l'autisme.
Si les responsables sanitaires semblent reculer sur le terrain des discours anti-vaccins, la désinformation continue de se propager, alimentant une méfiance croissante envers les vaccins et contribuant à une baisse des taux de vaccination. Le risque est bien réel : selon Katelyn Jetelina, “nous allons perdre des vies à cause de cela”.
