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Judith rapoport : la psychiatre qui a libéré les esprits face au toc

Le monde de la psychiatrie a perdu une pionnière. Judith Rapoport, décédée à l'âge de 92 ans, lègue un héritage inestimable : avoir mis le trouble obsessionnel-compulsif (TOC) au grand jour et brisé le silence qui l'entourait. Son œuvre, et particulièrement son livre de 1989, L’Enfant qui ne pouvait s’arrêter de se laver, a changé la vie de millions de personnes.

Un trouble neurologique, pas un défaut de caractère

Pendant des décennies, le TOC a été mal compris, voire ignoré. On l'imputait à une éducation trop stricte, à des parents trop exigeants sur la propreté ou l'apprentissage de la propreté. Rapoport a démonté cette idée reçue avec une rigueur scientifique implacable. Ses recherches ont révélé que le TOC avait une base neurologique claire, qu'il pouvait se transmettre génétiquement et qu'il était bien plus répandu qu'on ne le pensait – touchant potentiellement jusqu'à 2 % de la population.

Imaginez la torture de devoir relier ses lacets des dizaines, voire des centaines de fois par jour, de vérifier sans cesse que les lumières sont éteintes ou que les portes sont bien fermées, d'accomplir des rituels complexes avant de quitter son domicile ou de se laver les mains compulsivement. Pour des années, ces personnes se sont senties seules, folles, honteuses de leurs comportements inexplicables. Le livre de Rapoport, traduit dans plus de vingt langues, a agi comme un baume, une reconnaissance de leur souffrance.

Une avancée médicale majeure

Une avancée médicale majeure

L'impact de Rapoport ne s'est pas limité à la sensibilisation du public. En 1989, son essai clinique à double aveugle, utilisant la clomipramine – un antidépresseur – a conduit à l'approbation de son utilisation pour le traitement du TOC par la Food and Drug Administration (FDA) aux États-Unis. Un tournant majeur pour la prise en charge de ce trouble.

« J'avais l'impression d'être la seule personne à toucher, à aligner des objets, des dizaines, peut-être des centaines de fois par jour », témoigne Charles Gentz, atteint de TOC. « C’était un tourment mental. Je pensais être fou. Et puis j'ai lu le livre de Judy Rapoport, et la honte s'est dissipée. »

Née à New York dans une famille cultivée – son grand-père maternel était critique littéraire pour le Jewish Daily Forward – Judith Livant Rapoport a embrassé une carrière scientifique remarquable, marquée par une volonté constante de dépasser les dogmes et de mettre la science au service de l'humain. Son parcours, de Swarthmore College à Harvard Medical School, en passant par l'Université d'Uppsala et le National Institute of Mental Health, témoigne d'une ambition intellectuelle sans faille.

Au-delà du toc : une vision novatrice de la psychiatrie

Au-delà du toc : une vision novatrice de la psychiatrie

Rapoport n'a pas limité ses investigations au TOC. Elle a également mené des études pionnières sur le trouble déficitaire de l'attention avec hyperactivité (TDAH) et la schizophrénie infantile, remettant en question les approches psychanalytiques traditionnelles et mettant l'accent sur les aspects biologiques des maladies mentales. Une publication en 1978, montrant que les garçons considérés comme hyperactifs et un groupe témoin réagissaient de la même manière à l'amphétamine, a contredit les idées reçues sur le fonctionnement des stimulants.

En regardant les images cérébrales, Rapoport a démontré que la schizophrénie infantile était une maladie progressive, entraînant une perte de matière cérébrale, et non pas le résultat d'un environnement familial défavorable. Elle n’a jamais hésité à utiliser ses propres enfants, Erik et Stuart, dans ses études, un choix qui a suscité des controverses, mais qui lui a permis d'obtenir des résultats significatifs.

Judith Rapoport nous a quittés, mais son œuvre continue de résonner, rappelant que la souffrance mentale n'est pas une faiblesse, mais une maladie qui peut être comprise et traitée. Elle a transformé la psychiatrie infantile en une discipline moderne et basée sur des preuves, et a offert l'espoir à des millions de personnes.