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L'ascension follement coûteuse du football africain : un luxe inaccessible pour la majorité

Un flot inattendu de supporters, venu de Grande-Bretagne, Dubaï, Montréal et du Maroc – Marrakech et Casablanca en tête – s'est pressé sur les lieux du match entre l’équipe marocaine et le Brésil. Un spectacle, certes, mais aussi une révélation quant à l'accès au football mondial.

Un investissement colossal pour les passionnés

Kamal Ait El Hadj, 47 ans et entrepreneur de villas au Maroc, témoigne : « J'ai dépensé au moins 5 000 dollars pour ce voyage, incluant le billet, même s'il était gratuit. Je reviendrai pour le match de la phase à élimination directe, à condition que l'équipe soit encore engagée – cela représente un autre 5 000 dollars. » Houssam Jeboni, distributeur de poissons de 33 ans, chiffre ses dépenses à 6 000 dollars pour l'intégralité de la phase de groupes, impliquant des vols et des transferts via New Jersey, Foxborough et Atlanta, avant de retourner au Maroc via Miami. Salma Sebti, accompagnée de son mari et de sa fille, a réservé leurs déplacements pour les trois rencontres du groupe, estimant un budget de 15 000 dollars.

Ces familles, propriétaires d'une station-service à Marrakech, illustrent une réalité alarmante : le rêve de suivre leur équipe nationale est devenu un luxe, capable d'engendrer des dépenses équivalentes à une année, voire deux, de salaire moyen au Maroc – moins de 7 400 dollars par an.

Une ambition démesurée et un continent en ébullition

Une ambition démesurée et un continent en ébullition

L'intérêt pour la sélection marocaine dépasse largement les frontières du Royaume. Un supporter anonyme, travaillant dans le secteur du voyage, évoque un budget potentiel de 10 000 dollars pour un voyage de dix jours. L’ambition est palpable, portée par Mohammed Smouni, directeur général adjoint de la SNCF Maroc, qui s'exprime : « Nous sommes en pleine préparation pour accueillir la Coupe du Monde. Nous avons goûté à la victoire à Qatar, et nous voulons montrer au monde que nous sommes prêts à organiser le meilleur tournoi de l'histoire. »

La perspective de co-organiser la Coupe du Monde 2030, avec l'Espagne et le Portugal, et brièvement l'Argentine, le Paraguay et l'Uruguay, renforce cette conviction. Ce tournoi, en lui-même, est déjà une mise en avant, un aperçu de ce qui est à venir. Le pays, en pleine expansion et doté d'infrastructures impressionnantes, se positionne comme le nouveau leader du football africain, suscitant même des tensions avec le Sénégal, longtemps dominant le continent. Une dynamique complexe, loin d'être équitable.

L'ouvrage de Leander Schaerlaeckens, The Long Game, souligne la réalité économique : « Ce Mondial est un avant-goût de celui que le Maroc accueillera. Nous devrons montrer au monde que nous sommes capables d'accueillir le meilleur tournoi de l'histoire. » Un défi colossal, qui met en lumière les inégalités au cœur du football africain. L'ascension de la sélection marocaine est un phénomène porteur, mais aussi un symbole de ces écarts de richesse.