Mémoires scolaires d'eps : un traumatisme pour l'exercice physique

Trois élèves sur dix, âgés de 50 à 65 ans, évoquent des souvenirs d’épreuves d’EPS qui les ont définitivement éloignés de l’activité physique. Un chiffre alarmant qui révèle une blessure profonde, bien au-delà de simples préférences.

L’horreur des bleus et des “jolly hockey sticks”

L’horreur des bleus et des “jolly hockey sticks”

Mon propre parcours dans les couloirs de l’établissement scolaire fut un véritable calvaire. Une marche de trente minutes, à la jonction d’une fausse-cée d’une jupe plissée synthétique, officiellement le “vêtement de Sport obligatoire”. Accostée par des pervers adolescents et des cris moqueurs, j’évitais avec difficulté les projectiles lancés par les jeunes filles sportives, le tout sous le regard d’enseignants PE, souvent plus désabusés que préoccupés. Un tableau de situation que l’on retrouve, semble-t-il, dans les expériences vécues par bien d’autres. Une étude allemande de 2024 a identifié deux catégories de peurs liées à l’EPS : la vulnérabilité perçue des élèves et une oppression sociale, souvent associée à la dénonciation d’une “paresse, faiblesse et manque de condition physique”.

Il est frappant de constater que ces souvenirs, ancrés dans la mémoire collective, se transforment en blocages durables. L’exercice physique devient synonyme d’un échec potentiel, d’une présence d’autrui, d’une humiliation. L’image véhiculée par les influenceurs, avec leurs corps irréels et leurs discours culpabilisants, ne fait qu’amplifier cette perception négative. Un récent panneau géant à Peckham parkrun, proclamant “Vous êtes venu aussi loin pour une promenade”, est un symptôme de cette réalité.

Il est temps de reconnaître que le discours sur l’exercice physique est souvent contre-productif. Si un enseignant PE avait pu me dire : “Le mouvement est une source de joie, une présence dans le corps, comme un chien heureux”, aurais-je été encouragée à adopter une pratique physique régulière ? Probablement pas. Un vêtement plus chaud et moins d’équipes sportives basées sur le ballon auraient peut-être suffi. L’enjeu est de réinventer l’approche de l’activité physique, en la démythifiant et en la rendant accessible à tous, sans stigmates ni complexes.”

Emma Beddington, journaliste au Guardian