Scillonian iii : le chant du cygne d'un ferry emblématique
Penzance vibre d'une émotion partagée : l'anticipation d'un dernier voyage et la nostalgie d'une fin. À bord du Scillonian III, les passagers se préparent à traverser les eaux tumultueuses vers les îles Scilly, un archipel perdu au large des côtes cornouaillaises. Mais derrière l'excitation se cache une appréhension légitime : le Scillonian III, surnommé avec une ironie mordante le “vomit comet”, a une réputation bien méritée pour ses secousses.
Un monument de l'histoire maritime britannique
Après près de cinquante ans de service ininterrompu, reliant le continent britannique à cette oasis insulaire, le Scillonian III dit adieu. Pour Sholto Blackwell, 43 ans, véritable fervent admirateur du navire, c'est bien plus qu'un simple ferry : “C'est une institution. Presque un membre de la famille.” Il se souvient des vacances d'enfance passées à Scilly, bercé par le roulis du navire, une expérience qui a marqué son existence à jamais. Et malgré ses propres moments de mal de mer, il ne saurait imaginer un voyage sans le Scillonian III : “Je préfère être malade sur ce navire que ne pas y être du tout.”
Ce sentiment est partagé par une communauté soudée, comme en témoigne le Scilly III Appreciation Group, qui rassemble plus de 4 000 membres, tous unis par une affection profonde pour ce vieux brise-lames. Le groupe a même suivi les Morris Men de Gloucestershire, en route vers Scilly pour célébrer leur 50ème anniversaire, une procession joyeuse ponctuée de danses sur le quai de Penzance.

Un navire à l'âme unique
Loin d'être un simple moyen de transport, le Scillonian III a tissé des liens indissolubles avec les habitants des îles Scilly. Beaucoup ont leurs places favorites, un refuge sûr lorsque la mer se déchaîne. Les anciens membres d'équipage, comme Pete Crawford, qui a passé 39 saisons à bord, évoquent avec émotion les rencontres inoubliables avec la faune marine : “Nous voyions quelque chose d'extraordinaire chaque jour. Des baleines à bosse bondissant au large de Land’s End, des orques, et une fois, une super-pod de centaines de dauphins en pleine frénésie de chasse.”
Dave Redgrave, le capitaine actuel, insiste sur le caractère unique du navire : “Ils ne construisent plus les bateaux comme celui-ci aujourd'hui. Ses courbes, son âme… tout est différent. Les passagers l'adorent.” Il reconnaît volontiers sa réputation de naviguer de manière “un peu cahoteuse”, expliquant que sa faible jauge – la profondeur du navire sous la ligne de flottaison – contribue à son roulis. Mais il souligne que les journées d'été sont souvent calmes et sereines, transformant le voyage en une véritable parenthèse enchantée, à l'image d'une “mini-Caribéenne”, même si l'eau est un peu plus fraîche.
Le 2026 marquera la fin d'une ère. Le Scillonian IV, actuellement en construction au Vietnam, prendra la relève, promettant plus de confort, une plus grande capacité et des “systèmes de réduction du roulis et du tangage”. Mais pour ceux qui ont vécu le Scillonian III, il restera à jamais gravé dans leur mémoire, un symbole d'aventure, de robustesse et de liens indéfectibles avec un archipel lointain.
